Cosmorama, 2017

Vidéo 4K, son 5.1 / 21'
Produit par Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains
Avec le soutien de Neuflize OBC

Cosmorama observe le monde tel qu’il ne nous apparaît pas, rendant visible une strate inaccessible du spectre lumineux. Ce film interroge nos perceptions, nos représentations et tente de réintroduire les notions d’inconnu, d’incertitude et d’étonnement dans notre rapport au monde.

Tourné aux abords d’un observatoire, dans un désert de lave - où la Nasa a testé le rover Curiosity avant de l'envoyer sur Mars - mais aussi dans une forêt qui témoigne de l’état de notre continent il y a 50 millions d’années, le film utilise un procédé d’imagerie infrarouge avec lequel les astronomes observent habituellement les objets du « ciel profond » tels que les planètes, nébuleuses et trous noirs situés en dehors de notre galaxie : l'espace filmique recompose un microcosme. On y entend des sonorités elles aussi imperceptibles, qu’il s’agisse de la transposition du rayonnement de corps célestes dans le domaine audible ou de la captation des vibrations qui traversent certains des éléments filmés. Le film crée les conditions d'une expérience sensible et collective de la désorientation, du bouleversement des échelles spatiales et temporelles.



[...] Rendre visible ce qui échappe à la lumière, c’est aussi ce que poursuit Hugo Deverchère. Il y a un point – expérimental, irradiant – où l’art coïncide avec la science, où la caméra se confond avec le télescope. Ainsi de l’installation Cosmorama, qui nous invite à entrer dans cette frange du réel qu’aucun œil ne parvient à atteindre.
Les images filmées et photographiées par l’artiste nous entraînent dans l’apesanteur de déserts et de forêts qui semblent appartenir à une autre planète; il s’agit bien de la Terre, mais vue comme on ne l’avait jamais vue – vue comme il n’est pas possible de la voir : le ciel et les étendues d’eau sont noirs, la végétation est blanche ; les paysages, les matières ont une consistance lunaire. En effet, tout est vu en infrarouge-proche, comme lorsque les astronomes filment les galaxies, c’est-à-dire avec des moyens qui permettent d’accéder aux rayonnements.
Je contemple en apesanteur une sorte de matière noire de la nature : voir soudain apparaître cette pellicule impalpable qui flotte au-dessus des pierres de lave, qui enveloppe les étendues de feuillages, cette poudre de cristal qui échappe au spectre visible nous ouvre à une nouvelle perception du monde – à une vision cosmologique de la Terre.
Et me voici propulsé dans la trame de l’invisible, au cœur des champs magnétiques, dans les méandres de l’espace numérique. [...]

Yannick Haenel
Extrait du catalogue de l’exposition Roman - Panorama 19 / Commissariat : Jean de Loisy
Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains, 2017.